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Donald Rumsfeld est accusé d'être directement à l'origine
des méthodes employées à la prison d'Abou Ghraib
LE MONDE | 17.05.04 | 13h59
Washington de notre correspondant
Dans un nouvel article, publié par l'hebdomadaire The New Yorker (daté 24 mai), le journaliste Seymour Hersh, dont les informations ont joué un rôle essentiel dans le scandale des tortures en Irak, affirme que les violences et les traitements dégradants subis par des détenus à la prison d'Abou Ghraib résultent de décisions prises par le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, et par son principal collaborateur, Stephen Cambone, sous-secrétaire chargé du renseignement. Les méthodes employées pour interroger ces détenus feraient partie de directives secrètes, adoptées dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme" et étendues à l'Irak après les attentats du mois d'août 2003. Selon M. Hersh, qui se réfère à des sources anonymes parmi des responsables du renseignement, actuels ou récents, la genèse de cette opération, dont l'un des noms de code serait " Copper Green" ("Vert-de-gris"), remonte à la guerre d'Afghanistan. C'est à ce moment-là que M. Rumsfeld aurait décidé la création d'un Special Access Program (SAP), permettant aux forces spéciales et aux unités paramilitaires de la CIA (Agence centrale de renseignement) d'agir sans autorisation préalable pour tuer, capturer et interroger des "cibles" de la guerre contre le terrorisme. Un SAP obéit à des règles de secret supérieures à toutes les autres opérations et son existence peut même être dissimulée aux responsables de la défense au Congrès. "Ni traçabilité ni budget", résume une source de M. Hersh. Fin août 2003, les forces américaines étaient débordées par les attentats de type terroriste, comme celui a qui a tué le représentant de l'ONU, Sergio Vieira de Melo, et par les attaques de la guérilla. Selon Seymour Hersh, M. Rumsfeld et M. Cambone ont décidé d'appliquer aux interrogatoires menés à Abou Ghraib certaines méthodes utilisées en Afghanistan et, peut-être, dans d'autres pays, pour obtenir des informations sur Al-Qaida et sur les réseaux islamistes. Les humiliations sexuelles et le fait de les photographier feraient partie de ces méthodes visant, notamment, à soumettre les détenus à un chantage, après leur libération, pour qu'ils continuent à informer les services américains. La thèse de Seymour Hersh expliquerait plusieurs points obscurs de cette affaire. Ainsi, le général Geoffrey Miller, qui dirigeait le camp de Guantanamo Bay, sur l'île de Cuba, et qui avait été envoyé en Irak pour faire des recommandations sur les interrogatoires, ignorait, à l'époque, l'existence du "SAP". Il a donc pu affirmer, de bonne foi, avoir conseillé d'associer les policiers militaires à la préparation des interrogatoires, selon des méthodes elles-mêmes interdites par les conventions de Genève, mais sans suggérer le type de violences physiques et morales qui ont été révélées par la suite. Ces "techniques" auraient été introduites à Abou Ghraib par des agents militaires et civils, dont des contractuels privés, opérant hors hiérarchie et sans contrôle. Si c'est ainsi que les choses se sont passées, on comprend mieux, aussi, l'enchaînement des faits, à partir du moment où un soldat a décidé d'alerter ses supérieurs. Ceux-ci ont saisi la Division des enquêtes criminelles (CID) de la police militaire, qui a fait son travail. Les hauts responsables du Pentagone, informés, ne pouvaient pas arrêter cette procédure sans avouer l'existence des directives secrètes. Aussi auraient-ils fait, alors, le pari que l'affaire se terminerait par la condamnation de quelques soldats parmi ceux de la 372e compagnie de police militaire, entraînés dans cette histoire. C'était compter sans les photos, dont la diffusion a tout changé. Le porte-parole du Pentagone, Lawrence Di Rita, a publié, dimanche 16 mai, un communiqué démentant l'article du New Yorker et affirmant : "Aucun responsable du ministère de la défense n'a approuvé quelque programme que ce soit, dont on aurait pu penser qu'il était destiné à produire des violences telles que celles dont témoignent de récentes photos et vidéos." Il a affirmé, aussi, que M. Cambone n'a jamais eu de responsabilité sur les programmes d'interrogation de détenus, "en Afghanistan, en Irak ou ailleurs dans le monde". Lui aussi à la recherche des ordres auxquels ont pu obéir les tortionnaires d'Abou Ghraib, le Washington Post a publié, dimanche, un long article, fondé sur des sources anonymes et sur des documents. Il en ressort que des méthodes d'interrogation "dures" ont été appliquées, en Irak, à la demande d'un officier supérieur du renseignement militaire, le colonel Thomas Pappas, et avec l'autorisation du général Ricardo Sanchez, commandant en chef des forces américaines. Selon le Post, les décisions prises par le général Sanchez, à commencer par celle de confier la direction d'une partie de la prison d'Abou Ghraib au colonel Pappas, l'ont été avec l'accord du Pentagone et, très précisément, de M. Cambone. Patrick Jarreau Les techniques d'interrogatoire prohibées
Deux semaines après la publication des premières photos des sévices infligés par des soldats américains à des détenus irakiens de la prison d'Abou Ghraib, le général Ricardo Sanchez, chef des forces terrestres de la coalition en Irak, a interdit l'usage de certaines techniques que les interrogateurs pouvaient, auparavant, être autorisés à employer pour faire parler leurs prisonniers. La directive du général Sanchez, divulguée jeudi 13 mai, interdit désormais aux militaires interrogeant les détenus de modifier leur alimentation, et notamment de les priver de nourriture, de les empêcher de dormir pendant une durée de trois jours consécutifs, de les contraindre à des postures douloureuses pendant 45 minutes, de les menacer avec des chiens, de les priver de l'usage de leurs sens, notamment avec des cagoules, pendant 72 heures, ou de les désorienter avec, par exemple, de la musique diffusée à un volume très élevé ou de la lumière très puissante. Vingt-cinq demandes d'usage de ce type de méthode auraient été approuvées par le commandement américain depuis octobre 2003.
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